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Bassirou Diomaye Faye, président du Sénégal, en 2024.
Bassirou Diomaye Faye, président du Sénégal, en 2024.

Opinion · Politique internationale

Le Cameroun apprend de la démocratie sénégalaise

Vu du Cameroun : les récentes alternances politiques au Sénégal exposent la fatigue d'une démocratie captée par un seul homme depuis plus de quarante ans.

Par Marie Flore Mboussi6 juin 20264 min de lecture

Du duo Sonko/Faye au choc Faye/Sonko, les récents développements politiques au Sénégal n'ont pas manqué de capter l'attention du public camerounais.

En effet, après avoir été démis de ses fonctions de Premier ministre par celui-là même qui avait longtemps été son fidèle allié, Ousmane Sonko a été rapidement élu Président de l'Assemblée nationale sénégalaise. Ce revirement spectaculaire intervient sur fond de ce qui semble être l'affaiblissement politique du président Bassirou Diomaye Faye, dont le parti, le Pastef, a largement choisi de se ranger derrière l'ancien Premier ministre.

S'agit-il pour autant d'une véritable confrontation politique ou simplement d'une stratégie destinée à propulser Ousmane Sonko à la magistrature suprême du pays ? Seul l'avenir le dira.

Toujours est-il que l'enthousiasme manifesté par de nombreux Camerounais à l'égard de ces développements soulève des interrogations importantes.

Il convient de rappeler que le Cameroun est gouverné depuis plus de quarante ans par Monsieur Paul Biya, dont le parti politique maintient une mainmise solide sur la quasi-totalité des institutions de l'État.

Paul Biya, président du Cameroun depuis 1982, en décembre 2022.

Sa réélection à la suite du scrutin présidentiel d'octobre 2025 a déclenché des troubles dans plusieurs régions du pays, donnant lieu à des manifestations pacifiques qui ont été violemment réprimées par des forces de sécurité perçues par une partie de l'opinion comme acquises à son administration.

Résignés et impuissants, beaucoup de Camerounais semblent désormais préférer admirer les avancées démocratiques en cours dans les pays africains voisins.

Après tout, à quoi peut-on s'attendre lorsqu'un seul individu concentre l'essentiel du pouvoir politique entre ses mains ?

C'est le président Paul Biya qui supervise l'organisation des élections, tant au niveau local que national. La plupart des responsables chargés d'administrer les scrutins au sein d'Elecam sont ouvertement affiliés au parti au pouvoir, le RDPC (CPDM). De même, la majorité des membres du Conseil constitutionnel ont été nommés par le chef de l'État.

Alors, démocratie ou démocrature ?

Le Cameroun a clairement beaucoup à envier au Sénégal, un pays qui a connu plusieurs alternances démocratiques au fil des années et dont le système électoral est souvent considéré comme plus transparent et plus compétitif.

Octobre 2025 a définitivement terni l'image de la démocratie camerounaise.

De nombreux cas de fraude électorale ont été signalés, tandis que plusieurs incohérences dans le décompte des voix ont été relevées. Des divergences sont même apparues entre les procès-verbaux officiels présentés par Elecam et ceux produits par les partis d'opposition. À cela s'ajoutent des allégations de corruption et de trafic d'influence impliquant aussi bien certains candidats que des représentants de l'opposition.

Il importe également de souligner les nombreuses arrestations, l'exil du principal opposant politique de Paul Biya, Issa Tchiroma Bakary, l'emprisonnement de Djeukam Tchameni, soutien-clé du candidat Tchiroma, ainsi que la mort tragique et toujours inexpliquée en détention d'Anicet Ekane, figure éminente des combats démocratiques camerounais depuis les années 1990.

C'est un schéma récurrent au Cameroun. Dès 2018, à la suite de l'élection présidentielle, le candidat Maurice Kamto, qui s'était déclaré vainqueur du scrutin, a été emprisonné avec nombre de ses partisans et militants pendant plusieurs mois.

Malgré les aspirations au changement du peuple camerounais, le régime a constamment usé du pouvoir de l'État pour préserver sa durable hégémonie. Quoi de plus naturel, dès lors, que de considérer le Sénégal comme un modèle démocratique, en particulier vu du Cameroun ?

Si le président Bassirou Diomaye Faye avait épousé des tendances « biyaïstes », son ancien allié, Ousmane Sonko, croupirait probablement aujourd'hui dans une prison sénégalaise. Un tel scénario s'était déjà esquissé sous l'administration de l'ancien président Macky Sall.

Pourtant, le peuple sénégalais, par son dynamisme et son refus du fatalisme, joue un rôle crucial dans la sauvegarde des principes démocratiques. Il exerce son droit de manifester chaque fois que les intérêts supérieurs de la nation risquent d'être sacrifiés au profit d'un groupe mû par une quête de pouvoir jugée illégitime.

À l'inverse, une grande partie de la population camerounaise paraît s'être résignée à la situation, se réfugiant dans la phrase tristement familière : « Qu'est-ce qu'on peut y faire ? ».

Pourtant, les motifs de colère publique abondent. Entre l'appauvrissement généralisé, l'état alarmant des infrastructures routières, les coupures d'électricité récurrentes, l'accès limité à l'eau potable dans bien des régions, l'inflation qui érode constamment le pouvoir d'achat, le chômage massif des jeunes et l'insécurité persistante, les Camerounais ont toutes les raisons d'exiger un changement profond et durable.

Pour l'instant, cependant, le statu quo semble prévaloir. La démocratie camerounaise demeure spectatrice de son propre déclin, assistant sans aucune réaction significative à l'érosion progressive des principes mêmes censés la soutenir.

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