Saltar al contenido · Skip to content · Salta al contenuto · Zum Inhalt · Ir ao conteúdo · Przejdź do treści
Luna Reyes, bénévole de la Croix-Rouge, serre dans ses bras un migrant fraîchement arrivé sur la côte de Ceuta en mai 2021. L'image, photographiée par Bernat Armangué (AP), est devenue un symbole d'hospitalité et de dignité humaine.
Luna Reyes, bénévole de la Croix-Rouge, serre dans ses bras un migrant fraîchement arrivé sur la côte de Ceuta en mai 2021. L'image, photographiée par Bernat Armangué (AP), est devenue un symbole d'hospitalité et de dignité humaine.

Littéraire · Essai humaniste

La conscience face à l'indifférence

Dignité humaine, responsabilité publique et tradition chrétienne à une époque traversée par la culture du rejet et du refus de l'autre.

Par Juan Tomás Jara Masson26 mai 20268 min de lecture

Traduction littéraire approximative. Cette version a été produite automatiquement et ne conserve qu'en partie le rythme et les images de l'original. Pour la version définitive, lire dans la langue originale.

En une époque où presque tout semble réduit à l’utilité, à l’apparence ou à la consommation, reparler de la dignité humaine n’est pas un geste anodin. Cela suppose de rappeler que la personne ne vaut pas pour sa productivité, son appartenance nationale, son succès visible ni pour la place qu’elle occupe dans une hiérarchie sociale. Elle vaut parce qu’elle est une personne. Cette affirmation, à la fois simple et exigeante, traverse une grande partie de la tradition humaniste occidentale et trouve dans le christianisme l’une de ses sources morales les plus persistantes.

Cet essai ne cherche pas à présenter le christianisme comme une doctrine politique ni comme la réponse unique aux dilemmes contemporains. Il cherche, plutôt, à récupérer certains de ses apports à une conversation plus vaste sur la conscience, la dignité, la fraternité et la responsabilité publique. En temps d’indifférence, de nationalismes excluants et de culture du rejet, la question de l’autre retrouve une force démocratique.

La foi, lorsqu’elle ne se replie pas sur elle-même ni ne devient une identité fermée, peut rappeler quelque chose de décisif : la conscience humaine ne doit pas rester indifférente face à la souffrance d’autrui. La raison, lorsqu’elle n’est pas absorbée par le calcul froid, peut également le reconnaître. Foi et raison, loin d’être présentées comme ennemies, peuvent se retrouver dans la même exigence : distinguer le bien du mal là où la commodité sociale invite à détourner le regard.

L’indifférence est, peut‑être, l’une des formes les plus silencieuses d’injustice. Elle ne s’exprime pas toujours par la violence ouverte. Parfois elle apparaît comme distance, désintérêt ou fatigue morale. Dans une société habituée à consommer des images de souffrance sans s’y arrêter, la conscience devient une forme de résistance. Voir l’autre, le reconnaître et ne pas le réduire à problème, menace ou statistique, constitue déjà un premier acte de responsabilité.

L’histoire offre des exemples où cette conscience ne s’est pas enfermée dans l’intimité, mais s’est transformée en action publique. La Rosa Blanche fut un groupe de résistance non violente lié à des étudiants et à un professeur de l’Université de Munich, actif entre 1942 et 1943, qui a diffusé des tracts contre le régime nazi ; plusieurs de ses membres furent arrêtés, jugés et exécutés. Son geste n’était ni militaire ni partisan : il était moral, intellectuel et écrit. La parole publique fut, pour eux, une forme de désobéissance face au totalitarisme.

La Rosa Blanche ne représente pas ici un mythe ni un slogan. Elle représente un avertissement. Même dans des contextes extrêmes, la conscience peut refuser de collaborer avec le mal. Même quand la majorité se tait, la parole écrite peut conserver une forme de dignité. Là où le pouvoir exige une obéissance absolue, écrire peut devenir une façon de dire : tout n’est pas permis, toute loi n’est pas juste, toute autorité ne mérite pas une obéissance morale.

Une main qui écrit : le mot écrit comme forme de responsabilité publique.Le mot écrit comme geste de responsabilité publique (Wellcome Collection, CC BY 4.0).

Quelque chose de similaire peut être envisagé, à une autre époque et dans un autre contexte, à partir de Martin Luther King Jr. Pasteur baptiste et figure de référence du mouvement des droits civiques aux États‑Unis, King a articulé son action publique à partir d’une tradition chrétienne, non violente et démocratique. Son leadership entre les décennies 1950 et 1960 fut décisif dans la lutte contre la ségrégation raciale et pour l’égalité juridique des Afro‑Américains.

L’essentiel n’est pas seulement de se souvenir de lui comme figure historique, mais de comprendre le noyau moral de son intervention : aucune communauté politique ne peut se considérer juste si elle humilie une partie de ses membres. L’égalité n’était pas pour King une abstraction juridique vide. C’était une exigence concrète de reconnaissance, de fraternité et de liberté. Sa défense de la non‑violence montrait que la force morale d’une cause ne dépend pas de sa capacité à détruire, mais de sa capacité à révéler une injustice.

À ce stade, la tradition chrétienne se connecte à une idée profondément démocratique : la dignité humaine ne peut dépendre de la majorité circonstancielle, de la couleur de peau, de l’origine nationale, de la religion, de la richesse ou de l’utilité sociale. Lorsqu’une société accepte que certains valent moins, la démocratie commence à perdre son âme avant même de perdre ses institutions.

C’est pourquoi il est nécessaire de discuter également de la culture du rejet. L’expression renvoie à un phénomène plus vaste que la pauvreté matérielle : la tendance à traiter les personnes, les liens, les corps et les communautés comme des réalités dispensables. Dans ce cadre, l’autre cesse d’apparaître comme prochain et devient charge, menace, étranger ou résidu social.

La question du Carpe Diem peut prendre ici un sens différent de l’habituel. Il ne s’agit pas de vivre l’instant comme une consommation fugace ni de transformer le présent en excuse d’irresponsabilité. Francisco l’a réinterprété sous une clé chrétienne comme une invitation à assumer le aujourd’hui pour dire non au mal, à regarder sa propre réalité et à réparer le préjudice fait aux autres.

Ce « profiter du jour » ne renvoie donc pas à un plaisir superficiel, mais à la responsabilité concrète. Le présent importe parce qu’il est le seul temps où nous pouvons encore agir. Là où il y a injustice, exclusion ou indifférence, le aujourd’hui n’est pas un décor neutre : c’est le lieu d’une décision morale.

En Argentine, cette dimension pratique se voit dans des expériences comme Caritas, organisation de l’Église catholique orientée à répondre aux problématiques sociales découlant de la pauvreté. Selon l’institution elle‑même, Caritas Argentine compte plus de 40 000 bénévoles et 3 500 équipes de travail dans le pays, accompagnant des personnes, familles et communautés en situation d’exclusion et de vulnérabilité.

Au‑delà de l’appartenance religieuse de chaque lecteur, ce type d’action exprime une idée importante : la dignité humaine ne se défend pas seulement dans les discours. Elle se défend aussi dans l’assistance, l’écoute, l’accompagnement, l’éducation, l’organisation communautaire et la création d’outils permettant à une personne de reconstruire son propre chemin. L’aide ne devrait pas être un simple geste paternaliste ; elle devrait être un processus de reconnaissance.

Cette dimension devient encore plus claire lorsqu’on observe la question migratoire. En 2021, pendant la crise à Ceuta, une jeune bénévole de la Croix‑Rouge, Luna Reyes, a été photographée embrassant un migrant sénégalais qui venait d’arriver sur la côte. L’image est devenue virale non seulement pour son humanité, mais aussi pour la réaction hostile qu’elle a suscitée sur les réseaux sociaux de la part de secteurs qui ont vu dans ce geste de compassion une trahison.

Plage de Punta Blanca, Ceuta — géographie des frontières et dignité humaine.Plage de Punta Blanca, Ceuta — géographie des frontières et dignité humaine (photo : Xemenendura, CC BY-SA 3.0).

Cet épisode a condensé une tension décisive de notre temps. Pour certains, le migrant apparaît d’abord comme une menace plutôt que comme une personne. Pour d’autres, il apparaît d’abord comme un visage, une vulnérabilité et une histoire. L’étreinte de Luna Reyes ne résolvait pas une politique migratoire, mais rappelait quelque chose de préalable à toute politique : personne ne devrait être dépouillé de sa dignité en traversant une frontière.

La mise à jour ultérieure rend ce cas encore plus douloureux. Abdou Ngom, le jeune Sénégalais associé à cette image, est mort à Málaga en 2025, selon Cadena SER. Son histoire a de nouveau mis en débat l’impact humain des politiques migratoires et des frontières européennes avec l’Afrique.

Là où le nationalisme excluant transforme un drapeau en frontière morale, la dignité humaine exige un autre regard. L’appartenance à une communauté politique peut être précieuse ; mais elle devient dangereuse lorsqu’elle doit nier l’autre pour s’affirmer. Une nation démocratique ne devrait pas fonder son identité sur l’humiliation de celui qui arrive, de celui qui cherche refuge ou de celui qui ne correspond tout simplement pas à l’image dominante du propre.

Le christianisme, dans sa meilleure tradition humaniste, rappelle que le prochain n’est pas seulement le proche, le semblable ou le compatriote. Il peut aussi être l’étranger, le blessé, le vulnérable, celui qui gêne nos catégories. Cette intuition n’appartient pas uniquement à la foi : elle peut dialoguer avec une éthique démocratique plus large. Une république digne ne se mesure pas seulement à ses lois, mais à la façon dont elle traite ceux qui ont moins de pouvoir pour se défendre.

C’est pourquoi la défense de la dignité humaine n’est pas un simple ornement moral. C’est une condition de la vie démocratique. Sans elle, la liberté devient un privilège ; l’égalité, une formule vide ; la république, une architecture sans âme. Les institutions comptent, mais il importe aussi le type de sensibilité publique qui les soutient.

Face au matérialisme qui réduit la vie au succès visible, face à l’individualisme qui ignore l’autre, face au collectivisme qui écrase la conscience personnelle et face au nationalisme qui transforme l’identité en exclusion, la tradition chrétienne peut apporter un avertissement : l’être humain n’est pas jetable.

La conscience, lorsqu’elle demeure éveillée, empêche l’injustice de devenir une habitude. La foi, lorsqu’elle s’ouvre à l’autre, empêche l’identité religieuse de devenir un prétexte à l’indifférence. La raison, lorsqu’elle se dirige par la dignité, empêche la politique de se réduire à un calcul de force.

Peut‑être est‑ce la tâche la plus urgente : récupérer une conscience publique capable de regarder l’autre sans le réduire. En temps où tant de voix crient appartenance, frontière et méfiance, il manque encore un mot plus simple et plus difficile : fraternité.

Pas comme naïveté. Pas comme slogan. Mais comme responsabilité.

Car une société qui cesse de reconnaître la dignité de l’autre commence, lentement, à perdre la sienne.

Partager

Pour Instagram : copiez le lien et collez-le dans votre story ou en MP.

À lire plus tard

Continuez avec

  • Caspar David Friedrich, Le Voyageur contemplant une mer de nuages (vers 1818). Image du romantisme allemand évoquant la solitude et la contemplation (domaine public).

    Littéraire

    Désir d’un sentir véritable

    Sur l’ignorance du simple et la présence dévaluée : une méditation concise sur l’authenticité du sentir, en tension avec la culture algorithmique et l’empire des apparences.

    Juan Tomás Jara Masson

  • Palais du Sénat d'Espagne, Madrid.

    Política institucional

    L'État autonomique : l'enfant non désiré de la Transition

    Les trois péchés originels de l'État autonomique espagnol : une autonomie généralisée sans dessein, un autogouvernement juridiquement faible et un modèle de financement enchaîné à des inerties centralistes.

    Victor José Almenar Zamora

  • Front ouest du Capitole des États-Unis, Washington D.C.

    Opinion · Politique internationale

    Populisme et Trump comme expression d’une société inégalitaire

    Une religion politique qui met à l’épreuve la démocratie américaine et révèle, dans le même temps, une demande sociale profonde.

    Juan Tomás Jara Masson

Commentaires

Pas encore de commentaires. Ouvrez la conversation.

Connectez-vous pour commenter. Se connecter